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Didier Niewiadowski, diplomate français

« La partition, hélas, est déjà dans les cœurs : l'affrontement musulmans - non musulmans est malheureusement bien parti. Il faudra beaucoup de temps, je pense, pour réconcilier le peuple centrafricain. Il y a donc déjà une partition. »

« La partition de facto de la Centrafrique est un risque avéré », affirme le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon. « Personne n'acceptera quelque partition que ce soit », répond le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui était hier à Bangui. Le diplomate français Didier Niewiadowski a été coopérant et juriste en Centrafrique de 2008 à 2012. Dans la revue de l'université de Bordeaux, il publie : « La République centrafricaine : le naufrage d'un État, l'agonie d'une nation ».

 Le repli des Seleka sur le nord-est de la Centrafrique. Vous parlez de «Darfourisation » de cette région de la Centrafrique ?

Didier Niewiadowski : Oui, effectivement les régions, surtout la Vakaga, sont très semblables à la région du Darfour et même du Bahr el-Ghazal. Nous avons là une zone sahélienne qui subit de plein fouet la sécheresse, avec une population qui se paupérise de plus en plus, avec des milices arabes notamment des janjawids et qui circulent sans aucune difficulté. La frontière orientale de la République centrafricaine, c’est-à-dire de Birao à Hobo, 1 200 kilomètres environ, il n’y a que deux postes frontières, l’un à Am-Dafok et l’autre à Bambouti, qui sont éloignés de 700 kilomètres. Donc c’est une passoire. Ensuite le pouvoir central que ce soit à Khartoum ou à Bangui a toujours délaissé ces régions.

Quelle est la langue qu’on parle ? Quelle est la monnaie qui circule dans cette région de la Centrafrique ?

On dit généralement que le sango était une langue nationale. Malheureusement depuis plusieurs années, avec l’effondrement du système scolaire et aussi dans cette région les percées arabes venant du Darfour et du Bahr el-Ghazal, et aussi du sud du Tchad. Donc le sango n’est plus guère parlé et je me souviens il y a quelques années encore, les Faca, l’armée centrafricaine, devaient recourir à des interprètes pour « pacifier » cette région. Quant à la monnaie, il y a très longtemps que le Franc CFA a disparu, c’est surtout la livre soudanaise étant donné que les prix sont impraticables pour se rendre dans le reste de la République centrafricaine. Donc cette région s’éloigne peu à peu de Bangui.

En 2006, une première offensive des rebelles du nord-est de la Centrafrique avait été stoppée par les parachutistes français qui avaient sauté sur Birao. Avec le recul, est-ce que Jacques Chirac n’aurait pas dû inviter fortement François Bozizé à négocier avec les rebelles ?

Oui mais malheureusement il n’y a pas eu de suivi politique. Monsieur Bozizé était réticent à toute négociation et on a laissé pourrir un peu la situation. Et évidemment quelques années après, l’UFDR [Union des forces démocratiques pour le rassemblement] qui a été la catalyseur de la Seleka , a pu donc adhérer à ce projet avec les résultats que l’on sait.

A vous écouter donc, il y a une vraie fracture nord-sud. Est-ce qu’on va vers une partition de la Centrafrique comme Michel Djotodia et Abakar Sabone en ont évoqué le risque il y a quelques mois ?

La partition est hélas dans les cœurs. L’affrontement musulman, non musulman, est malheureusement bien parti, ce sera difficile et il faudra beaucoup de temps pour réconcilier le peuple centrafricain. Il y a donc déjà une partition. Mais en ce qui concerne la partition territoriale, je ne crois pas à la création d’un Etat islamique ou autre dans cette région orientale. En revanche, la notion d’Etat s’est effritée : les Etats ne contrôlent plus leur territoire, les institutions sont souvent des coquilles vides, les élections sont souvent des mascarades. Il est à craindre que les leaders de la Seleka puissent se replier dans leur fief. Ce sont essentiellement des centres miniers et cette bande au sud du Tchad et au nord de la Centrafrique où il y a donc des nappes pétrolifères très importantes. Donc il est fort possible que ces seigneurs de la guerre aient créé effectivement une sorte d’émirat, cela ne serait pas surprenant d’autant plus que Noureddine Adam, qui est le cerveau de la Seleka, a passé cinq ans auprès du cheikh ben Sultan, donc le patron d’Abou Dhabi et qui a été le fondateur des Emirats arabes unis.

Est-ce qu’il y a un risque jihadiste ?

Il y des risques évidemment. N’oublions pas que Boko Haram est à 600 kilkomètres de Paoua et Bozoum. N’oublions pas que les milices islamistes radicales de l’ADF-Nalu sont du côté du Nord-Kivu et dans l’Ituri, à 700 kilomètres de Bangassou. Donc il y a danger. Dès l’instant où il n’y a plus d’Etat, tout est possible d’autant plus que l’islam a profondément muté en République centrafricaine et il a été transmis jadis par des Africains d’Afrique de l’Ouest. C’était donc un sunnisme classique, de rite malikite. Peu à peu, ces gens-là ont été remplacés. De nouveaux commerçants sont arrivés. Je pense notamment aux Libanais chiites et également aux Yéménites et aux Indopakistanais, voire des Soudanais. Ces gens-là étaient mûs d’un autre islam, c’était le wahhabisme qui est beaucoup plus politique et beaucoup plus, bien sûr, anti-occidental.

Depuis 25 ans, le Tchad pèse de tout son poids dans la politique centrafricaine. Le Tchad, c’est un problème ou une solution ?

Actuellement c’est plutôt un problème parce qu’un certain nombre de Seleka ont eu la vie facilitée par des troupes régulières tchadiennes au sein d’une force internationale.

L’élection de Catherine Samba-Panza à la tête de la transition, c’est une vraie solution ou c’est un gadget ?

Ce n’est pas un gadget, c’est une bonne solution. Elle offre toutes les qualités requises pour occuper ce poste. Encore faut-il que la présidente et aussi le Premier ministre, ainsi que certains ministres, fassent attention dans leur nomination.

La nomination de Hyacinthe Wodobodé à la mairie de Bangui, à la place de Catherine Samba-Panza, qu’est-ce que ça vous inspire ?

Il faudra que Madame Wodobodé affiche une totale transparence dans la gestion des financements qui seront donc certainement alloués à la mairie de Bangui.

Sous François Bozizé, elle dirigeait le Comité national de lutte contre le sida. Quel souvenir a-t-elle laissé ?

Malheureusement les contrôles qui sont instaurés par le Fonds mondial ont été inopérants en République centrafricaine. Donc il y a eu des dérives. Madame Wodobodé avait été durement attaquée en 2010 dans la presse internationale pour n’avoir pas pu arrêter les innombrables dérives qui avaient été constatées par le fonds mondial. Il serait dommage de faire tout porter sur la tête de madame Wodobodé. Néanmoins il aurait fallu un peu plus de professionnalisme pour gérer ce CNLS dans un pays comme la République centrafricaine.

 Source: RFI

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