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"Si on ne chante pas dans nos langues, qui le fera?" C Denguemo

Interview réalisée par Fanny Wegscheider. | Paris, 06/05/2014.

Une fois n'est pas coutume, c'est dans mon fief du « 104 », à Paris, que j'ai donné rendez-vous à Corry Denguemo. Cette « Centro-camerounaise », comme elle le dit elle-même, est une artiste complète. Auteure, compositrice, interprète, et jouant de multiples instruments, ce qui la définit le mieux à mes yeux, c'est l'élégance : l'élégance de sa voix, chaude et profonde, mais aussi l'élégance de son attitude, naturelle, généreuse... et extrêmement humble. Bien qu'ayant travaillé avec de grands noms de la musique internationale, cette femme de c(h)œur, très engagée dans le milieu associatif, n'est pas du genre à courir après la gloire.

Ce qu'elle aime, par dessus-tout,  c'est prendre le temps... Le temps d'aller à la rencontre de son public, sur scène, et le temps de produire un album de qualité. C'est avec une pudeur qui force le respect que Corry Denguemo s'est pourtant prêtée au jeu de l'interview.

FW : Bonjour Corry. Bienvenue sur Banguiwood ! Pour ceux qui ne te connaissent peut-être pas encore très bien, commençons par une petite présentation.
CD : Je m'appelle Corry Denguemo. Je suis de mère camerounaise et de père centrafricain, donc je suis Centro-camerounaise. Cette année, j'aurai 37 ans. Je suis chanteuse et je vis essentiellement en Afrique mais je suis très souvent sur les routes, pour des festivals... Je passe également beaucoup de temps en France : c'est comme un second pied-à-terre, pour moi. 

FW : D'où, en Centrafrique, es-tu originaire ?
CD : De Dekoua. Mes parents, du côté centrafricain, sont Mandja. Donc ils sont musulmans, si on veut.

FW : Et ta famille ? Quel est ton environnement familial ?
CD : On est cinq enfants et je suis la troisième. Une partie de ma famille est à Bangui, une autre au Cameroun, dont mon fils, et il y en a un peu ici aussi (en France). Mais, avec Paris et ses programmes... ce n'est pas toujours évident de se voir... Ma famille me manque beaucoup.

FW : Revenons un peu à toi... Comment te décrirais-tu ? 
CD : Je ne sais pas trop parler de moi. Je n'aime pas ça et je ne sais pas faire ! Je préfère que ce soit les autres qui le fassent. Tout ce que je peux dire, c'est que je suis une fonceuse, je ne laisse pas tomber. Quand j'ai envie de faire quelque chose, je le fais avec le cœur. J'y mets toute mon énergie, toute ma passion ! J'y mets de la foi, également, parce que je crois en Dieu. Et j'avance doucement... Et à la fin, il y a toujours une petite porte qui s'ouvre ! Pour le reste, il faudrait voir avec des amis, des gens qui me connaissent bien ! (Rires)

FW : Tu es auteure, compositrice et interprète. De quoi parle ta musique et quelles sont les sonorités qui s'en dégagent  ?
CD : Ma musique... J'ai commencé, il y a quinze ans, mais pas avec ce que je fais aujourd'hui. J'ai d'abord été dans un groupe, Macase, au Cameroun. On a eu plusieurs prix : le prix RFI, un Kora, le prix CICIBA... On a pas mal tourné dans le monde et on a joué avec pas mal de monde : Lokua (Kanza), Manu Dibango,  Cheick Tidiane Seck... pour ne citer qu'eux. Après ça, j'ai postulé pour un visa pour la création, qui est un programme de l'Institut Français, que j'ai remporté en 2011. Et avec ça, j'ai fait une résidence de création pendant six mois, ici, à Paris, ce qui m'a permis de créer le nouveau projet avec lequel je tourne depuis un an, environ.

FW : Et de quoi s'agit-il ?
CD : C'est un projet sur les rythmes traditionnels bantous, d'Afrique centrale. Pour moi, ces rythmes ne sont pas assez exploités... Et, thématiquement parlant, étant présidente d'une association socio-culturelle, « Voix en chœur », j'aborde le sujet des enfants abandonnés, défavorisés, dont je m'occupe, avec les adhérents et les membres. On s'occupe de leur réinsertion dans la vie, par le biais de l'art. Enfin... au départ, c'était par le biais de l'art mais, sur le terrain, on s'est aperçus que l'art ne les intéresse pas forcément tous, qu'il y en a qui veulent aller à l'école, d'autres faire des petits boulots...  Ces enfants ont beaucoup d'histoires à raconter, surtout ceux qui dorment dans la rue et la thématique de mon projet est basée sur eux : je parle de leurs histoires. C'est ça qui m'a inspirée. Je parle aussi d'autres choses, mais principalement de leurs histoires, à eux.

FW : Ce sont des enfants de quel(s) pays ?
CD : Du Cameroun. J'aimerais le faire également en Centrafrique mais le problème, c'est que ce n'est pas encore assez stable. J'y suis allée ; mon père m'a donné un terrain pour construire le siège de mon association mais, avec ce qui se passe tout le temps, c'est difficile.

FW : Concernant ta musique, tu joues de plusieurs instruments... Peux-tu nous en parler ?
CD : Oui. Je joue du « oudou », qui est une calebasse en terre cuite, fabriquée dans le Nord-Ouest du Cameroun, à Bamenda. C'est de là-bas que je le fais toujours venir parce que j'aime son son : c'est différent des « oudous » que je vois ici. Ici, c'est déjà modernisé, ça a un autre son... Un peu, euh... comment dire ? Bref, ça a un autre son qu'avec la terre cuite ! Et je joue aussi du « bruit blanc », des petites percussions et de la guitare.

FW : Et tes chants, ils sont en quelle(s) langue(s) ?
CD : Je chante en Sango... je chante en Ewondo... je chante en Douala...

FW : Pas d'Anglais, ni de Français ?
CD : Euh, non... Je n'aime pas trop. Et puis, je me dis que, si je me mets à chanter en Français ou en Anglais, qui chantera nos langues ? Je pense que c'est un moyen de faire découvrir notre culture aux autres. Peut-être même que l'intonation intéressera quelqu'un et qu'il voudra apprendre la langue. En Français ou en Anglais, ce n'est pas pareil.

FW : Tu fais beaucoup de scènes, un peu partout dans le monde... Parallèlement à ça, envisages-tu de sortir un single ou un album ?
CD : Oui, j'ai un projet de sortie d'album mais je prends mon temps, je ne cours pas. Je peaufine, sur les scènes, sur les festivals... C'est vrai que tout le monde se demande comment je fais pour faire des tournées sans album ! (Rires). Je suis de ceux qui pensent que la musique vivante se vend mieux que les CD. Parfois, un spectacle parle plus qu'un disque. Pour l'instant, je commence par là... Bon, ça ne veut pas dire que je ne suis pas en studio. Mais, quand j'aurai tous les gens avec qui j'aimerais travailler, autour de moi, ce sera le moment de concrétiser la sortie de cet album, que les gens attendent. Mais il faut patienter, hein... Parce que ce n'est pas moi qui décide ! (Rires).

FW : Avec quels artistes travailles-tu, en ce moment, en studio ?
CD : Toutes les compositions de mes chansons ne sont pas de moi. Par exemple, je travaille avec Blick Bassy, qui a composé pour moi. Lokua a aussi composé pour moi. Pascal Danaé, également... 

FW : Comment as-tu connus Lokua Kanza ?
CD : On s'est connus au Cameroun, quand j'étais dans le groupe Macase. Comme on avait fait sa première partie et que c'est une icône, on est allés vers lui pour des conseils... Et on a gardé le contact, jusqu'à aujourd'hui. Ça fait pratiquement quinze ans !

FW : Qu'est-ce qui t'a donné le goût de la musique, plus jeune ? 
CD : Je me souviens, enfant, de ma mère qui écoutait tout le temps de la musique. De tout : elle écoutait du jazz, elle écoutait Bob Marley, elle écoutait de la musique philharmonique... Tous les matins, quand on se réveillait, c'était avec les violons, les machins, les trucs... (Rires). Quand tu entendais ça, tu savais qu'elle était debout ! Donc, je pense que c'est tout ça qui a fait que je sois déjà un peu avertie. Et, en grandissant, j'ai voulu faire de la musique mais je ne savais pas par où commencer. J'ai commencé par le Rap... parce que c'était à la mode ! (Rires). Et puis après, je me suis dit : « Bon, ben... il faut que j'apprenne à chanter ! » (Rires). C'est comme ça que je me suis jetée dans le truc, tout doucement... Après, j'ai intégré le groupe Macase, avec qui on a sorti un album. Pourquoi Macase ? Mon père et ma mère étant séparés, on est allés vivre au Cameroun avec ma mère et, à l'époque, tout le monde faisait de la musique d' « ambiance ». C'était « Bikutsi », c'était « Makossa », « Ndombolo », ou je ne sais pas quoi, là... Moi, je ne voulais pas faire ça ! Je voulais faire autre chose. Et justement, Macase ne donnait pas dans la musique d' « ambiance » donc j'ai tout de suite été attirée par leur style musical. 

FW : C'était quoi, exactement, le style de Macase ?
CD : Ils faisaient... comment on appelle ça ? Du « bantou groove ». C'est après Macase, justement, que tous les jeunes chanteurs camerounais se sont lancés dans un nouveau style musical. Avant, les autres orchestres avaient une guitare rythmique... une guitare je ne sais pas quoi, là... d'accompagnement ! Ils avaient tous les mêmes instruments. Nous, on n'avait pas ça. C'était beaucoup plus ouvert, tu vois. Même dans la sonorité. On pouvait mettre du piano, des trucs... On retrouvait un peu de tout, un peu de son jazz... On chantait en Sango... C'était ouvert ! Voilà.

FW : Quelle était ta place dans le groupe Macase ?
CD : J'étais chanteuse. Ça... et chargée de chorégraphies, également.

FW : Ah oui, parce que j'ai vu que tu aimes la danse !
CD : (Rires). Ah oui ! Avant, je dansais beaucoup plus... Je ne danse plus assez, mais bon... Un peu, quand même !

FW : C'est important pour toi aussi, la danse, dans les spectacles ?
CD : Oui, oui, oui. C'est important de « chauffer », par moments, parce que ce n'est pas bien d'avoir un spectacle complètement plat. Et comme j'aime bien danser, j'en profite parfois pour m'éclater sur scène. Quand j'ai la forme, quoi ! (Rires).

FW : Quelles sont les scènes sur lesquelles tu vas te produire, prochainement ? 
CD : Je vais faire un festival à Pointe-Noire, au Congo-Brazza. Après, j'en ai un autre, à Bâle, en Suisse. Ensuite, j'en aurai un autre à Stains, en Région Parisienne. Et après... Je n'ai pas tout mon calendrier en tête... Bref, après, je repars en Suisse, et puis j'aurai un autre truc sur Paris et, après ? Ah, et ça, c'est une exclusivité : je vais organiser un concert pour la paix en Centrafrique, aussi. Parce que ce n'est pas fini. J'ai mon père, tous les jours, qui me dit ce qui se passe. Là, avant-hier, des miliciens sont allés à la maison, ils l'ont mis à plat-ventre, ont pris son téléphone, ont chargé la « Kalach' », en disant qu'ils allaient le tuer s'il ne parlait pas... je ne sais pas de quoi... Bref, je sens que ça reste important de toujours matraquer, quoi... Parce qu'à un moment, on en a parlé, à la télé et tout... ça a duré quelques mois mais depuis, tout le monde pense que c'est fini, que ça va... Mais ça ne va pas du tout ! Pas du tout ! En ce moment, j'ai mes petites sœurs qui sont dans une église... Tous les gens ont fui leurs maisons, les quartiers sont vides, les gens ont tout pillé... Ça ne va vraiment pas, donc.

FW : Quand penses-tu organiser ce concert pour la paix en Centrafrique ?
CD : Je ne sais pas encore mais vous en serez informés. 

FW : Ce sera en France ?
CD : Oui, à Paris. Je le ferai bientôt. Probablement à la rentrée...

FW : Où est-ce qu'on peut trouver des sons ou des vidéos de toi ?
CD : Des vidéos, sur You Tube. Et pour les sons... J'ai des sons mais... je ne préfère pas donner de liens parce que je ne suis pas encore satisfaite ! Mais je vais t'en envoyer un que tu pourras faire écouter.

FW : Bon, eh bien, merci Corry pour ta gentillesse ! A bientôt sur Banguiwood.
CD : Merci beaucoup.

 

 

Par Fanny Wegscheider.
fannyw @ banguiwood.com

 

 

 

 

Toutes les informations sur Corry Denguemo et sur son actualité musicale sont disponibles sur sa page Facebook: Corry Denguemo https://www.facebook.com/Denguemo. Elle y annonce ses concerts, au fur et à mesure.

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