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Laetitia Zonzambe, une centrafricaine au pays des caribous !

Interview réalisée par Fanny WegscheiderMontréal, 29/04/2014.

Rencontre avec la chanteuse Laetitia Zonzambe... La jeune centrafricaine, exilée depuis cinq ans à Montréal, fait son petit bonhomme de chemin ! Banguiwood s'est entretenu avec elle pour la sortie de son nouvel album, « Sanza » (1). En pleine promotion en Amérique du Nord et à la veille d'un concert à Chicago, l'artiste a eu la gentillesse de répondre à nos questions. Depuis son domicile, et avec un accent typiquement québécois, Laetitia nous dit qui elle est, nous parle du lien qui l'unit à la République Centrafricaine et nous explique comment elle conçoit sa musique.

FW : Laetitia, bonjour ! Les fidèles de Banguiwood te connaissent déjà un peu : tu nous as donné une première interview l'année dernière... Tu étais en pleine création d'un répertoire de chansons originales, grâce à une  subvention que tu avais obtenue du Conseil des Arts et des Lettres du Québec. Alors, faisons le point : où en es-tu, aujourd'hui ?
LZ : Ce que je peux te dire, c’est que je viens de sortir mon second EP, là. Il s’appelle « Sanza »(1). C’est un travail qui s’inspire de la tradition centrafricaine puisque je suis née en Centrafrique mais, en même temps, de choses beaucoup plus contemporaines parce que j’ai beaucoup voyagé et j’ai aussi beaucoup tourné à l’étranger, écouté des choses, rencontré des gens... Je suis donc allée puiser un peu dans mes racines et j'y ai aussi ajouté d'autres couleurs. Si tu veux, c’est une synthèse ponctuelle de ce qui me représente. Et « Sanza »(1)... Tu sais ce que c’est le sanza ? C’est ce genre de pagne, qui rassemble différents motifs, différentes couleurs et, quand on les assemble, ça donne quelque chose d’harmonieux. Je me suis donc inspirée de cette image-là, pour créer ma musique. 

FW : Tu te produis sur scène, pour promouvoir ces nouvelles chansons ?
LZ : Oui. J’avais déjà commencé à présenter « Sanza »(1) en live. Je travaillais déjà sur quelques chansons de l'album, depuis un an. J’en avais enregistré une dizaine mais je n’en avais alors choisi que quatre, dont je trouvais qu’elles sortaient un peu du lot, et je les ai présentées sur scène. Donc, oui, j’ai déjà pas mal tourné avec ce projet. Et maintenant, il y a l’album ! Il est là ! Je continue à en faire la promotion : demain, je vais partir à Chicago pour un concert. Ce sera mon premier concert aux États-Unis ! Et puis il y a des dates qui vont suivre incessamment. Donc, ça, c’est pour la promotion de l’album. Et en plus de ça, il y a une vidéo. C'est le clip d’une des chansons de l’album, que j’ai déjà diffusée. Ça date de deux, trois semaines. Et, à côté de ça, il y aussi le making of, que je n’ai pas encore diffusé. Tu pourras donner le lien, en exclusivité ! C’est un condensé : on voit comment on a travaillé sur les chansons… l’ambiance qu’il y avait dans le studio…

FW : Quand l’album est-il sorti, exactement ?
LZ : Le 6 mars. J’avais fait un concert de lancement, ici, à Montréal.

FW : De qui t’es-tu entourée pour travailler sur cet album ?
LZ : Alors, pour l’album, qui est à l’image de la tournée qu’on a faite l’année dernière, j'ai travaillé avec des gens de nationalités différentes. C’est le concept de « Sanza »(1). Nous sommes quatre sur scène : il y a un québécois à la basse, Stephano Petrocca, un togolais aux percussions, Moise Yawo Matey, et un sénégalais à la guitare, Assane Seck. Et, plus ponctuellement, il y a aussi eu des artistes invités, comme Manu Atna Njock, du Cameroun, sur le titre « N'kuu » et Vox Sambou, d'Haïti, qui a fait un featuring sur la chanson « Ta gni ».

FW : Quelle est la tonalité de l’album « Sanza »(1) et les musiques qui t’ont influencée ?
LZ : Je suis une artiste autodidacte. J'ai donc d'abord commencé, dans un processus de recherche et de création, à aller chercher des choses que je n'avais pas l'habitude de faire. C'est comme ça que je me suis inspirée d’une forme d’oralité très contemporaine : le beat-box. C'est une technique vocale qui permet de créer une bande orchestrale, en imitant des instruments avec la voix. J'ai donc fait des recherches de ce côté-là et j'ai pris des cours. Pour créer l'album « Sanza »(1) et refléter cette idée de mélanges, je me suis aussi appuyée sur la richesse rythmique, mélodique et poétique de la musique centrafricaine... à travers les contes, les polyphonies vocales pygmées, etc. J'ai beaucoup travaillé sur comment je voulais que ça sonne parce que, voilà, on a tous notre côté un peu contemporain, on va tous chanter de façon un peu « R'n'B » et, moi, je voulais apporter quelque chose d'autre dans ma manière de chanter, un côté plus traditionnel. Donc je suis vraiment allée chercher dans la profondeur des berceuses centrafricaines, par exemple. Je me suis inspirée, au niveau de la voix, de ce qu'on appelle « Nzè ». Ce sont des chansons de consolation, c'est-à-dire que l'on chante pour les personnes qui sont mortes. J'ai donc fait un travail de recherche autour des superpositions de voix et aussi au niveau des intonations de la voix. Comme je voulais arriver à quelque chose d'authentique, je me suis inspirée un peu des femmes Yakoma, qui, quand elles chantent, ont cette intonation particulière... comme à des places mortuaires. Quoi d'autre... ? Oui, je te parlais de l'aspect « conte », l'aspect rythmé aussi, pas mal, la superposition des rythmes... Tout ces aspects sont un petit peu inspirés de la musique traditionnelle de la République Centrafricaine : quelque chose de très choral, ça reste vraiment dans l'oralité.

FW : Justement, tu parles avec passion de tes inspirations centrafricaines... Que penses-tu de la situation que traverse la RCA, en ce moment, et comment penses-tu que ta position d'artiste te permette d'agir ?
LZ : Je pense cette situation que vit la Centrafrique est follement chaotique. On ne sait vraiment pas ou on va… Les compteurs sont à zéro en dessous du niveau de la mer ! Pour moi, la seule solution, c'est l'unité du peuple centrafricain... pour mener des actions pacifistes, manifester et dire non au chaos qu’on vient nous imposer. Le retour à la paix en Centrafrique dépend de tous les Centrafricains. Nous devons être capables de nous rassembler malgré nos différences et nos divergences pour préserver le pays.  En tant qu’artiste, ma contribution pour la paix en RCA est de parler de la situation de crise extrême dans laquelle elle se trouve, en mettant en évidence des faits vécus par le peuple centrafricain dans mes textes, et aussi  en transmettant dans mes chansons un message de paix et d’unité, afin d’apporter un peu de réconfort dans ce chaos. Dans cet esprit, j’ai participé, en 2013, au projet de chanson du collectif « S.O.S pour la paix en Centrafrique », qui mobilise plusieurs artistes de différentes disciplines, qui vont utiliser leurs talents respectifs pour contribuer à faire entendre la voix du peuple centrafricain, pour réclamer ce droit élémentaire à vivre en paix. Donc ma ligne de conduite, c'est de m’investir humainement et financièrement, du mieux que je peux, dans les actions positives et constructives qui permettent d'améliorer les conditions de vie de mes compatriotes Centrafricains. 

FW : Et est-ce qu'on trouve des chansons spécifiques, sur ton EP « Sanza »(1), qui parlent de la situation actuelle en RCA ?
LZ : Alors, justement, le single qui vient de sortir s'appelle « Dodo »... En Sango, ça veut dire « Danse ! ». C'est un message pour dire que la vie, là, c'est une danse, il faut rentrer dedans, il faut connaître les pas, y aller étape par étape... Il y en a qui y vont doucement, il y en a qui y vont très vite mais chacun a son propre rythme. A la fin, la chanson parle de l'unité, elle dit « maboko na maboko » (« main dans la main »). C'est une chanson qui a été écrite AVANT les événements actuels mais qui parle du chaos qui a toujours existé en RCA... mais bon, c'est toujours d'actualité. C'est donc une chanson qui parle du rassemblement et de l'énergie positive nécessaires pour arriver à changer les choses dans le pays. On en a marre des dérives sectaires ! La Centrafrique, ce ne sont pas des religions : on n'est pas « musulman », « catholique »... On est de nationalité centrafricaine, c'est tout ! Aujourd'hui, on est en train de diffuser ce message, comme si ça avait toujours existé, ce côté communautaire, alors que ce n'est pas du tout ça. C'est à nous, Centrafricains, et non pas appartenant à telle ou telle communauté religieuse ou autre, de penser à l'avenir de notre pays. Parce que, là, c'est comme si chacun se repliait sur soi-même. On associe les « seleka » aux musulmans, on associe les « anti-balaka » aux chrétiens... Ce sont surtout des rebelles, quoi, peu importe d'où ils viennent. Ils prônent la division. C'est à nous, les Centrafricains, de là-bas, mais aussi de la diaspora, de protéger notre nation. Donc « Dodo », c'est une chanson qui parle du rassemblement et des énergies positives, qui font qu'on partage un même idéal. 

FW : Parle-nous de tes prochains concerts. En dehors de Chicago, demain, tu as d'autres dates de programmées ? (2)
LZ : Il va y avoir un concert, organisé par l'association Neruda, le 24 mai, à Kitchener, en Ontario. Ensuite, il va y avoir un concert de solidarité pour la RCA, le 6 juin... Un appel a été lancé aux artistes de musique du monde. On va se rassembler pour récolter des fonds, avec le CRIF, le Centre de Ressources Interculturelles et Familiales, et La Fête Au Village, un autre organisme... Le 21 juin, je jouerai à « J'aime ma langue dans ta bouche », à Montréal, un événement qui fait la promotion de la langue française. Il y aura aussi un festival, le 14 août, à la ToHu, à Montréal. Et le 22 août, je jouerai à Laval, toujours au Québec. Sinon, je suis en négociation avec plusieurs tourneurs en France... A suivre...

FW : Tu tournes beaucoup au Quebec. Depuis combien de temps tu y vis ?
LZ : Ça fait cinq ans que je vis à Montréal. C'est cool.... Sinon, il a fait super froid, ces temps-ci ; l'hiver a été rude, « oh my God ! », on a failli mourir, ici ! (Rires). Et, là, encore, il ne fait pas encore chaud, hein ! Il fait chaud, chez vous ?

FW : Non, pas encore vraiment ! Autour de 18°C...
LZ : Il n'y a pas de printemps ! Pas de printemps ! (Rires). On espère qu'il va y avoir un été, au moins ! Mais ça risque de passer très vite et l'automne sera déjà arrivé ! (Rires). En tout cas, oui, ça fait cinq ans que je vis ici et ça se passe bien. Bon, au début, c'était un peu difficile parce que , quand tu arrives en territoire étranger, que tu ne connais personne... surtout quand tu es artiste, il faut tout reprendre à zéro, reprendre des contacts, etc, tout ça... Mais j'ai eu beaucoup de chance : je suis tombée sur les bonnes personnes. Et moi aussi, je suis beaucoup allée vers les gens.

FW : Tu est venue dans ce pays exprès pour ta musique ?
LZ : J'y suis allée, d'abord parce que j'étais curieuse. Par curiosité ! (Rires).

FW : Et il y a une diaspora centrafricaine importante, au Canada ?
LZ : Ben, le Canada est vaste... Moi, je suis à Montréal. Ici, il y a une association des centrafricains de Montréal, pareil à Ottawa et dans toutes les provinces. Ça s'appelle « Söngö Canada ». Donc, oui, il y a quand même une communauté, ici. 

FW : Merci, Laetitia, pour cet entretien. Bon concert demain à Chicago et bonne continuation dans tes projets !
LZ : Tout de bon et merci ! Justement, je vais faire mes valises, là, ce soir... Bon, ben, « mon ngba njoni ».

FW : « Mon kwé mon ngba  njoni ».






Fanny Wegscheider. 

Email: fannyw @ banguiwood.com

 

 

 

(1) L'album « Sanza » est sorti le 6 mars 2014. Le premier single « Dodo » (' « Danse ! ») est visible sur Internet en cliquant ici et disponible en téléchargement sur iTunes et autres plateformes. Vous pouvez également retrouver, en exclusivité, le making of de l'album « Sanza », en cliquant ici.

(2) Toutes les informations sur l'actualité musicale de Laetitia Zonzambe sont disponibles sur sa page Facebook d'artiste www.facebook.com/laetitia1.zonzambe et sur son site Internet. www.laetitiazonzambe.com

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